Rapport : Cartographie des droits numériques et de la liberté d'expression en ligne en Afrique de l'Est, de l'Ouest et australe

Media Defence a publié un nouveau rapport, Cartographie des droits numériques et de la liberté d'expression en Afrique de l'Est, de l'Ouest et australeCette étude approfondie analyse chaque région et chaque pays, et s'adresse à toute personne souhaitant mieux comprendre les restrictions numériques en Afrique subsaharienne. Ce rapport a été réalisé avec l'aide de… ALT Advisoryet peut être téléchargé et distribué gratuitement sous une licence Creative Commons Attribution-NonCommercial.

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Aperçu de ce rapport

Le droit de recevoir, de rechercher et de communiquer des informations est solidement ancré dans le droit international – notamment par la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Charte africaine) – ainsi que dans de nombreuses législations nationales à travers le continent. Cependant, la réalité sur le terrain quant à la réalisation de ce droit est préoccupante.

Internet a permis un élargissement de l'espace civique et un meilleur exercice des droits fondamentaux, même si cela n'a pas été accueilli favorablement dans tous les États. Malheureusement, pour de nombreuses personnes dans la région, l'accès à Internet demeure un défi majeur. En effet, le taux de pénétration d'Internet en Afrique est faible comparé aux autres continents. Selon les données de l'UIT de 2017, seuls 21.8 % des Africains ont utilisé Internet, contre 43.7 % dans les États arabes, 43.9 % dans la région Asie-Pacifique, 65.9 % dans les Amériques et 79.6 % en Europe.[1]

Pour ceux qui y ont accès, cet accès n'est pas sans difficultés et restrictions. Diverses lois et politiques, proposées ou adoptées dans différents pays de la région, visent actuellement à réglementer Internet et empiètent directement – ​​ou sont susceptibles d'empiéter – sur l'exercice du droit à la liberté d'expression en ligne. Certains pays ont également connu une répression accrue contre les défenseurs des droits humains et les journalistes qui contestent les autorités étatiques, notamment par le biais de poursuites pénales et autres procédures judiciaires.

Si de nombreux États semblent reconnaître la valeur d'Internet pour le développement économique et l'éducation, cela s'accompagne d'un manque de confiance envers Internet et d'inquiétudes quant au pouvoir de mobilisation qu'il peut conférer aux individus et aux groupes.

Face à ces défis, les organisations de la société civile et les médias de toute la région ont adopté une position ferme. Leurs efforts concertés de réforme des politiques et leurs actions en justice stratégiques ont constitué un rempart contre l'érosion du droit à la liberté d'expression. Les juridictions régionales et sous-régionales sont également devenues des instances importantes pour obtenir réparation auprès des États africains qui bafouent injustement ce droit.

Ce rapport dresse un état des lieux des droits numériques et de la liberté d'expression en ligne en Afrique de l'Est, de l'Ouest et australe. Il analyse les tendances en matière de législation et de politiques publiques, ainsi que les contentieux récents, dans ces régions. Le rapport porte sur 18 pays – six par région – et retrace les évolutions récentes qui s'y sont déroulées.

La première partie du rapport présente un aperçu des litiges portés devant la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) et la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (Cour africaine) en matière de liberté d'expression. Les parties II, III et IV analysent les tendances générales en Afrique de l'Est, de l'Ouest et australe respectivement, ainsi que certains des principaux acteurs juridiques et de la société civile œuvrant pour les droits numériques et la liberté d'expression en ligne. Elles offrent également un aperçu des évolutions notables – positives et négatives – survenues dans les 18 pays étudiés, et proposent une réflexion sur les opportunités et les défis liés à la défense des droits numériques dans chacun de ces pays. Enfin, la partie V examine les perspectives d'avenir pour les litiges relatifs aux droits numériques et à la liberté d'expression en ligne dans la région.

Définition des droits numériques

Il est désormais fermement établi, tant par la CADHP que par l'ONU, que les mêmes droits dont jouissent les personnes hors ligne doivent également être protégés en ligne, en particulier le droit à la liberté d'expression.[2] L’article 19(2) du PIDCP indique clairement que le droit à la liberté d’expression s’applique sans considération de frontières, par tout moyen d’expression choisi par l’individu.

Aux fins du présent rapport, nous utilisons l’expression « droits numériques » pour désigner, au sens large, les droits humains à l’ère numérique, ainsi que les droits liés à l’accès et à l’utilisation d’Internet et des autres technologies de l’information et de la communication (TIC). Cela englobe un large éventail de sujets distincts mais interdépendants. Comme indiqué ci-dessous, bien que ce rapport ne prétende pas couvrir l’ensemble des droits numériques, il vise à mettre en lumière certaines des tendances et évolutions les plus pertinentes observées dans la région.

De manière générale, ce rapport aborde plusieurs thèmes clés liés aux droits numériques et à la liberté d'expression en ligne, notamment l'accès au numérique, la réglementation des contenus en ligne, la protection de la vie privée et la surveillance, la liberté des médias, la diffusion de fausses informations et de désinformation sur les réseaux sociaux, ainsi que les taxes sur l'accès à Internet et aux plateformes numériques. Certains pays ont également connu des évolutions notables qui leur sont propres et qui, le cas échéant, ont été prises en compte.

Approche et méthodologie

En ce qui concerne la période couverte, le rapport se concentre principalement sur les évolutions survenues entre mi-2016 et mi-2018. Toutefois, certaines lois et politiques clés sont antérieures à cette période et ont été incluses afin de dresser un tableau plus complet. Nous sommes également conscients des évolutions rapides intervenues dans certains pays entre la fin de cette période et la date de publication. La sélection des pays inclus dans le rapport repose sur divers critères. Premièrement, elle assure une répartition géographique équilibrée, avec six pays sélectionnés dans chacune des sous-régions étudiées. Il a également été tenu compte de l'influence sociopolitique de ces pays et de leur rôle dans l'élaboration des politiques dans d'autres pays du continent. Par ailleurs, les tendances récentes dans les pays ont été un élément déterminant, notamment les lois et politiques nouvelles ou proposées, les litiges récents ou en cours, le développement des infrastructures TIC, le niveau d'accès à Internet et la prévalence de l'utilisation des TIC et des médias sociaux, autant d'éléments susceptibles d'avoir un impact sur les droits numériques.

La disponibilité d'informations spécifiques à chaque pays constituait un autre facteur important, de même que l'existence d'une société civile, de médias et d'autres organisations actives dans le pays et ayant documenté l'évolution de la situation. Nous avons également tenu compte des pays dans lesquels nous avons déjà travaillé. Enfin, nous avons aussi examiné où les actions en cours ou à venir en matière de droits numériques étaient susceptibles d'aboutir à des résultats positifs. Il est important de souligner que chaque pays de la région présente un contexte unique, avec ses propres opportunités et défis. Bien qu'il n'ait pas été possible, dans le cadre de cette étude, de recenser tous les pays, nous reconnaissons l'importance et la nécessité du travail accompli en matière de liberté d'expression et de droits numériques sur le continent, y compris dans les pays qui ne relèvent pas du présent rapport.

Pour l’élaboration de ce rapport, nous nous sommes principalement appuyés sur des sources secondaires. Les rapports des organisations de la société civile actives aux niveaux national, régional et international dans les pays concernés ont été essentiels à la définition de son contenu. Nous avons également pris en compte les articles de presse, les communiqués de presse, les communications aux mécanismes conventionnels relatifs aux droits humains et d’autres documents d’information similaires afin d’approfondir notre compréhension. Par ailleurs, en ce qui concerne la jurisprudence, les lois et les politiques, nous avons également tenu compte des sources primaires analysées.

Une autre source d'information provient des questionnaires envoyés aux organisations juridiques et de la société civile actives dans la région. Un exemplaire de ce questionnaire figure en annexe du présent rapport. Il visait à recueillir l'avis des répondants sur leur travail en matière de droits numériques, le contexte actuel et leur perception des opportunités et des défis dans la région. Le questionnaire a été envoyé aux organisations juridiques, médiatiques et de la société civile que nous connaissons et qui travaillent dans les trois sous-régions. Nous avons reçu 12 réponses, dont 11 questionnaires remplis et une réponse obtenue par téléphone. Nous remercions chaleureusement les répondants mentionnés ci-dessous pour leur contribution. Concernant la méthodologie des prochaines éditions de ce rapport, nous continuerons de nous efforcer d'intégrer le plus grand nombre possible de points de vue afin de comprendre la situation dans son ensemble.

Nous sommes toutefois conscients que ce rapport présente un aperçu général de questions complexes et nuancées. Dans la mesure du possible, nous nous sommes efforcés de recourir à diverses sources provenant de différents acteurs afin de garantir l'équilibre de son contenu. Nous avons exercé notre pouvoir discrétionnaire dans la sélection des lois, politiques et autres évolutions mises en lumière dans ce rapport, mais nous reconnaissons qu'il en existe certainement d'autres, non mentionnées ici, qui sont également pertinentes pour les droits numériques et la liberté d'expression en ligne.

Nous sommes conscients des limites de ce rapport. Le contexte local est toujours un facteur important. Ainsi, bien que nous ayons tiré parti de l'expérience de divers acteurs – y compris celle de MLDI et celle de nos organisations partenaires – et que nous ayons privilégié les sources crédibles et les rapports des acteurs œuvrant directement pour les droits numériques dans les pays étudiés, ce rapport ne prétend pas présenter un compte rendu direct de la situation dans les 18 pays sélectionnés. Nous constatons également que les informations actualisées concernant les lois, les politiques et les décisions de justice ne sont pas facilement accessibles dans tous les pays, auquel cas les sources secondaires constituent la seule source d'information disponible. Par ailleurs, la collecte d'informations est facilitée et plus accessible dans les pays où la société civile est active, où la liberté de la presse est forte et où l'accès à Internet et aux TIC est élevé, ce qui favorise un plus grand exercice de la liberté d'expression. À l'inverse, la collecte d'informations est nettement plus difficile dans les pays qui sont actuellement soumis à des régimes répressifs, qui manquent d'indépendance judiciaire et d'institutions étatiques responsables, ou encore dans les pays où les obstacles à l'accès à Internet et aux TIC entravent la disponibilité de contenus en ligne.

Enfin, il convient de préciser que, malgré tous nos efforts pour garantir l’exactitude des informations contenues dans ce rapport au moment de sa publication pour la période considérée, le domaine des droits numériques est dynamique et en constante évolution, avec de nouvelles lois, décisions de justice et autres développements fréquents. Les changements de direction, les modifications législatives et autres évolutions surviennent rapidement et peuvent modifier considérablement la situation à tout moment. Comme indiqué précédemment, ce rapport s’inscrit dans une série, et ces changements seront pris en compte dans les éditions ultérieures couvrant la même période.

Remerciements

MLDI tient à remercier les personnes et organisations suivantes pour leur contribution qui a permis d'élaborer ce rapport :

  • Association pour les communications progressistes, Anriette Esterhuysen (conseillère principale)
  • fesmedia, Sekoetlane Phamodi (Coordonnateur du programme)
  • Union de la presse gambienne, Bai Emil Touray (Président)
  • Syndicat des journalistes du Kenya, Erick Uduor (Secrétaire général)
  • Centre de ressources juridiques, Tsangadzaome Mukumba (Chercheur)
  • Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest, Vivian Affoah (Chargée de programme principale : Liberté d'expression)
  • Surveillance des médias en Afrique, William Bird (Réalisateur)
  • PEN Nigeria, Folu Agoi (Président)
  • Protège QV, Avis Momeni (Secrétaire générale)
  • Recherche TIC Afrique, Anri van der Spuy (Responsable : Projet de politique numérique en Afrique)
  • Right2Know, Murray Hunter (Organisateur du secret)
  • Centre de contentieux d'Afrique australe, Kaajal Ramjathan-Keogh (directeur exécutif)

Nous précisons que les personnes interrogées ont consenti à être mentionnées dans ce rapport. Comme indiqué précédemment, 11 des 12 personnes interrogées ont répondu par questionnaire, et une réponse a été recueillie par téléphone.

Nous notons en outre que, bien que les contributions des personnes et organisations susmentionnées aient été prises en compte et intégrées le cas échéant, cela ne doit pas nécessairement être interprété comme une approbation de leur part du contenu du présent rapport.

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[1] Research ICT Africa, « Note de synthèse n° 6 : La SADC ne parvient pas à réduire la fracture numérique », 8 septembre 2017, disponible sur https://researchictafrica.net/polbrf/Research_ICT_Africa_Policy_Briefs/2017_Policy_Brief_6_SADC.pdf.

[2] Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, « Résolution sur la promotion, la protection et l'exercice des droits de l'homme sur Internet », 27 juin 2016, disponible à l'adresse suivante : https://www.article19.org/data/files/Internet_Statement_Adopted.pdf; ACHPR, « Résolution sur le droit à la liberté d’information et d’expression sur Internet en Afrique », 4 novembre 2016, accessible à http://www.achpr.org/sessions/59th/resolutions/362/.

 

Fichiers joints: Cartographie des litiges relatifs aux droits numériques_Défense des médias_Final