Discours de haine – Asie du Sud et du Sud-Est

  • Certains types de discours, connus sous le nom de discours de haine, sont interdits par le droit international.

  • Il est important d'établir une distinction claire entre les propos offensants, voire racistes, qui sont pourtant protégés par les garanties internationales de la liberté d'expression, et les propos qui constituent un discours de haine inadmissible et qui devraient légitimement être restreints.

  • Réglementer les discours haineux peut s'avérer particulièrement difficile dans le contexte en ligne.

  • Le droit international exige des États qu'ils interdisent les discours haineux qui incitent intentionnellement à la violence, à la haine ou à la discrimination, mais pas ceux qui entraînent un préjudice réel.

  • Le plus grand danger des discours haineux réside dans le fait que le flou qui entoure leur définition peut permettre d'utiliser ces lois comme des outils pour étouffer les critiques légitimes ou le discours politique.

  • L’incitation au génocide est souvent considérée comme un cas particulier de discours de haine, même s’il convient d’être vigilant afin de s’assurer que toute restriction soit ciblée et légitime.

Introduction

Malgré l'importance de la liberté d'expression, tous les discours ne sont pas protégés par le droit international, et certaines formes d'expression, limitées, doivent être interdites par les États. L'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ICCPR) prévoit que :

1 Toute propagande en faveur de la guerre sera interdite par la loi.

2 Toute incitation à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence est interdite par la loi.

En outre, l'article 4(a) de la Convention internationale Conventionn La loi sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale exige que la diffusion d'idées fondées sur la supériorité raciale ou la haine, l'incitation à la discrimination raciale, ainsi que tous les actes de violence ou l'incitation à de tels actes contre toute race ou tout groupe de personnes d'une autre couleur ou origine ethnique, soient déclarés infractions punissables par la loi.

Les dispositions relatives aux discours haineux en droit international distinguent trois catégories de discours : ceux qui doivent être restreints, ceux qui peuvent l’être, et ceux qui sont licites et bénéficient d’une protection, selon leur gravité. La réglementation des discours haineux varie considérablement d’une juridiction à l’autre, notamment quant à la définition même de ce qui constitue un discours haineux.

Il est nécessaire de définir clairement et précisément ce que l'on entend par « discours de haine », ou d'établir des critères objectifs applicables. Une réglementation excessive des discours de haine peut porter atteinte au droit à la liberté d'expression, tandis qu'une réglementation insuffisante peut entraîner des actes d'intimidation, de harcèlement ou de violence à l'encontre des minorités et des groupes protégés.

Il est important de ne pas confondre discours haineux et propos offensants, car le droit à la liberté d'expression englobe les discours vigoureux, critiques, ou susceptibles de choquer ou d'offenser. Le discours haineux est peut-être le sujet qui suscite le plus de désaccords parmi les défenseurs de la liberté d'expression, car définir la frontière entre propos offensants mais protégés et discours haineux peut s'avérer extrêmement difficile.

De manière générale, nul ne devrait être sanctionné pour des propos véridiques. Par ailleurs, le droit des journalistes à communiquer des informations et des idées au public doit être respecté, y compris lorsqu'ils traitent de racisme et d'intolérance, et la censure préalable ne devrait être appliquée, le cas échéant, que dans des circonstances exceptionnelles. Enfin, toute sanction pour discours haineux doit être strictement conforme au principe de proportionnalité.

Il y a quelques distinctions Il convient d’examiner la distinction entre les discours haineux en ligne et hors ligne, même si les lois ne font généralement pas de distinction entre les deux :

  • Il est plus facile de publier du contenu en ligne sans y réfléchir suffisamment. Dans les affaires de discours haineux en ligne, il est nécessaire de faire la distinction entre les propos mal réfléchis publiés à la hâte et les menaces réelles s'inscrivant dans une campagne de haine intentionnelle.

  • Une fois en ligne, un contenu peut être difficile, voire impossible, à supprimer définitivement. Les discours haineux publiés sur Internet peuvent persister sous différentes formes sur de multiples plateformes, ce qui complique leur traitement.

  • Les contenus en ligne sont fréquemment publiés anonymement, ce qui représente un défi supplémentaire dans la lutte contre les discours haineux en ligne.

  • Internet a une portée transnationale, ce qui soulève des complications interjuridictionnelles en matière de mécanismes juridiques de lutte contre les discours de haine, voire même en ce qui concerne leur définition.

Le terme « discours de haine » visait-il à inciter à la haine ?

Les discours de haine visant à inciter à l'hostilité, à la discrimination ou à la violence constituent une forme d'expression dont la restriction est obligatoire en vertu du droit international. Par conséquent, un facteur clé dans le traitement des cas de discours de haine est l'exigence d'un élément déclencheur. intention inciter à la haine.

Le Plan d'action de Rabat sur l'interdiction de l'apologie de la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence,1 Un rapport élaboré par une réunion d'experts coordonnée par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) propose un test en six points pour déterminer si une expression constitue une infraction. L'un de ces points concerne l'intention : il faut une « prédication » et une « incitation », et non une simple diffusion ou distribution. L'article 20 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) ICCPR L'intention est également requise, comme l'indique le terme « plaidoyer ». La négligence et l'imprudence ne constituent donc pas un discours de haine.

Un exemple parfait de cette distinction est le cas de Jersild contre le Danemark Dans une affaire tranchée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), Jersild, journaliste de télévision, a réalisé un documentaire présentant des interviews de membres d'un groupe néonazi raciste. Il a été poursuivi et condamné pour incitation à la haine. La CEDH a toutefois estimé que l'intention du journaliste était de mener une enquête sociale sérieuse exposant les idées de ces groupes racistes, et non de les promouvoir. Il existait un intérêt public manifeste à ce que les médias jouent un tel rôle.

Considéré dans son ensemble, ce reportage ne pouvait objectivement pas donner l'impression d'avoir pour but la propagation de propos et d'idées racistes. Au contraire, il visait clairement – ​​par le biais d'une interview – à exposer, analyser et expliquer la situation de ce groupe particulier de jeunes, marginalisés et frustrés par leur condition sociale, ayant des antécédents judiciaires et des comportements violents, abordant ainsi des aspects spécifiques d'une question qui, déjà à l'époque, suscitait une vive inquiétude publique. Sanctionner un journaliste pour avoir contribué à la diffusion de propos tenus par une autre personne lors d'une interview nuirait gravement à la contribution de la presse au débat public et ne devrait être envisagé qu'en présence de raisons particulièrement solides. 2

Jersild contre le DanemarkCour européenne des droits de l'homme, requête n° 15890/89, (1994), paragraphes 33-35

Élaborer des contre-récits en réponse aux discours de haine

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Les méthodes non juridiques de lutte contre les discours haineux sont aussi importantes que les interdictions légales. L'une de ces mesures consiste à construire un contre-discours en promouvant une meilleure éducation aux médias et à l'information, en tant que réponse structurelle aux discours haineux en ligne.  
Compte tenu de l'exposition croissante des jeunes aux médias sociaux, les informations sur la manière d'identifier et de réagir aux discours de haine pourraient devenir de plus en plus importantes. Il est particulièrement important que des modules de lutte contre les discours de haine soient intégrés dans les pays où le risque réel de violence généralisée est le plus élevé. Il est également nécessaire d'inclure dans ces programmes des modules de réflexion sur l'identité, afin que les jeunes puissent reconnaître les tentatives de manipulation de leurs émotions en faveur de la haine et soient en mesure de faire valoir leur droit individuel à être maîtres de leur identité et de leurs aspirations.3
  – UNESCO, Iginio Gagliardone et al, »Lutter contre les discours haineux en ligne» à la page 58.

La violence ou la haine sont-elles forcément une conséquence inévitable ?

Un autre principe du test de seuil du Plan d'action de Rabat est la probabilité et l'imminence du préjudice.4 L'incitation à la violence est, par définition, une infraction inchoative. L'acte préconisé par un discours incitant à la violence n'a pas besoin d'être commis pour constituer une infraction. Toutefois, un certain degré de risque de préjudice doit être établi. Cela signifie que les tribunaux doivent déterminer s'il existait une probabilité raisonnable que le discours parvienne à inciter à la violence, à la discrimination ou à l'hostilité envers le groupe visé. Les tribunaux de différentes juridictions ont des interprétations divergentes du degré de probabilité de préjudice requis pour constituer un acte criminel.

Par exemple, dans Devgan contre l'Union indienne,5 La Cour suprême de l'Inde a interprété les articles 295A et 505 du Code pénal, qui proscrivent les « actes délibérés et malveillants visant à outrager les sentiments religieux d'une catégorie de personnes en insultant sa religion ou ses croyances religieuses » et les « déclarations susceptibles de troubler l'ordre public », notamment les « déclarations créant ou encourageant l'inimitié, la haine ou la malveillance entre les catégories de personnes », ainsi que l'article 153A, qui interdit d'inciter à « l'inimitié entre différents groupes fondée sur la religion, la race, le lieu de naissance, le domicile, la langue, etc., et de commettre des actes préjudiciables au maintien de l'harmonie ». La Cour a fourni les indications suivantes concernant la probabilité requise d'un préjudice réel résultant des propos tenus :

55Il peut arriver que des difficultés surgissent et que les tribunaux doivent faire preuve de discernement et de prudence pour déterminer si le « contenu » constitue un commentaire politique ou stratégique, ou s’il crée ou propage la haine à l’encontre de la communauté visée. Le « contenu » doit refléter une haine qui tend à diffamer, humilier et inciter à la haine ou à la violence contre le groupe visé en raison de l’identité de ce groupe, indépendamment du sujet traité.

67: Les alinéas a) et b) du paragraphe 1 L'article 153A du Code pénal utilise les termes « encourage » et « probable ». De même, l'article 295-A emploie le terme « tente » et… L'article 505 utilise les termes « créer ou encourager ». Le terme « probable »… signifie que la probabilité que l'événement se produise doit être réelle et non fantaisiste ou improbable… Le critère de « non improbable » est trop faible et ne peut être appliqué car il enfreindrait le principe de restriction raisonnable et le principe de proportionnalité… « Encourager » ne se limite pas à décrire et à relater un fait, ni à exprimer une opinion critiquant le point de vue ou les actions d'autrui ; cela exige que l'orateur incite activement l'auditoire à provoquer des troubles à l'ordre public. Cette incitation active peut être appréciée au regard du contenu du discours, du contexte et des circonstances, ainsi que de l'intention de l'orateur. Toutefois, si l'orateur n'incite pas activement au désordre public et se contente d'expliquer pourquoi une personne ou un groupe se comporte d'une certaine manière, quelles sont leurs revendications et leur point de vue, ou lorsqu'il interroge cette personne ou ce groupe, il s'agirait d'une transmission passive de faits et d'opinions qui ne saurait constituer une promotion.

68Le terme « tentative », bien qu'employé aux articles 153-A et 295-A du Code pénal, n'est pas défini. Toutefois, la jurisprudence considère qu'une « tentative de commettre une infraction » désigne un acte accompli, ou faisant partie d'une série d'actes, qui constituerait la commission effective de l'infraction sans une interruption. La tentative ne constitue pas la commission effective de l'infraction, mais va au-delà d'une simple préparation.

Devgan contre l'Union indienne, Requête n° 160 de 2020, 2020 SCC OnLine SC 994 (2020)

Les lois sur les discours haineux en ligne sont utilisées pour étouffer la liberté d'expression.

De nombreux États ont de plus en plus recours à de nouvelles lois contre les discours haineux en ligne, avec pour objectif affiché de freiner le flot de désinformation et de mésinformation amplifié par l'avènement d'Internet et, en particulier, des réseaux sociaux. Par exemple, en 2018, le Bangladesh a adopté la loi sur la sécurité numérique.6 suite à des violences sectaires alimentées par des publications sur Facebook. Cependant, de nombreuses sections de sa loi sont formulées de manière vague et excessivement large, incompatibles avec les normes internationales en matière de liberté d'expression, notamment les exigences de légalité, de proportionnalité et de nécessité.7 Par exemple, l'article 25(a) de la loi érige en infraction la transmission, la publication ou la diffusion, par le biais de sites web ou d'autres médias numériques, de « toute donnée ou information qu'il sait être offensante, fausse ou menaçante, dans le but de nuire, d'insulter, d'humilier ou de diffamer une personne ». De nombreuses lois sur la liberté d'expression en ligne présentent un risque pour cette liberté pour les raisons suivantes :  
  • Définitions excessivement larges des discours haineux et de la désinformation.
  • Des dispositions vagues qui permettent une interprétation discrétionnaire par les forces de l'ordre telles que les procureurs et la police et qui permettent que les lois soient utilisées d'une manière incompatible avec les droits fondamentaux.
  • Exiger des informations et des intermédiaires sur le contenu de la police.
  • Prévoir des sanctions excessivement sévères et punitives en cas d'infraction.

Le danger du flou

Le danger évident de la réglementation des discours haineux réside dans le fait que le flou qui entoure la définition de ce qui constitue un acte de parole criminel sera utilisé pour sanctionner des expressions qui n'ont ni l'intention ni la possibilité réaliste d'inciter à la haine.

L'article 298 du Code pénal de Singapour est un exemple de disposition vague relative aux discours haineux.8 Cette disposition interdit divers actes commis dans l'intention de blesser les sentiments d'autrui, sans pour autant exiger d'incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence. Elle stipule : « Quiconque, dans l'intention délibérée de blesser les sentiments religieux ou raciaux d'une personne, prononce une parole ou émet un son à son oreille, fait un geste à sa vue, place un objet à sa vue ou fait en sorte qu'elle voie ou entende quoi que ce soit, est puni d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans, d'une amende, ou des deux. » 

Plaidoyer pour le génocide ou négationnisme de l'Holocauste : des cas particuliers ?

Certains commentateurs soutiennent que les questions de promotion du génocide ou de négationnisme de l'Holocauste constituent des cas particuliers dans le débat sur les discours de haine et l'incitation à la violence. Convention sur le génocide de 1948« L’incitation directe et publique à commettre un génocide » est un acte punissable.9 suite au rôle des médias dans la perpétuation de la haine contre les Juifs en Allemagne et dans la promotion de leur extermination.

De même, au Rwanda, les médias ont joué un rôle crucial pendant le génocide en attisant la haine et en diffusant de la propagande, ce qui a conduit aux premières poursuites devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TICTR) pour « incitation directe et publique à commettre un génocide ». De la même manière que les discours haineux, l'incitation au génocide a été définie comme un crime inchoatif, ce qui signifie qu'il n'est pas nécessaire que le génocide ait effectivement eu lieu pour que le crime soit constitué, mais qu'une intention est requise.

L'affaire la plus notable portée contre des journalistes devant le TPIR était Nahimana et al, connu sous le nom de procès médiatique.10 Deux des personnes interrogées étaient les fondateurs d'une station de radio qui diffusait de la propagande anti-Tutsi avant le génocide, et les noms et numéros de plaques d'immatriculation des victimes visées pendant le génocide.11 Ils ont été reconnus coupables, entre autres, de persécution, un des actes constitutifs des crimes contre l'humanité, pour diffusion de discours haineux.12

Le Statut de Rome La création de la Cour pénale internationale institue également le crime d'incitation au génocide.13

Le génocide des Juifs en Europe occupée par les nazis a été un événement tellement fondateur dans la création du système européen des droits de l'homme que le négationnisme — qui consiste à affirmer que le génocide n'a pas eu lieu — est un délit dans plusieurs pays et est traité d'une manière particulière par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme.14 Ces décisions reflètent la question particulièrement sensible de la mémoire historique de l'Holocauste dans de nombreux pays européens et l'application de la doctrine de la « marge d'appréciation » de la Cour européenne des droits de l'homme, qui accorde aux États membres du Conseil de l'Europe une certaine latitude sur certaines questions. Toutefois, d'un point de vue de principe, l'interdiction du négationnisme soulève des préoccupations en matière de droits humains. Premièrement, elle peut être considérée comme discriminatoire en ce qu'elle cible un seul génocide. Deuxièmement, si le révisionnisme est assimilable à un discours de haine dans un contexte donné, on peut se demander pourquoi des lois spécifiques contre le négationnisme seraient nécessaires pour poursuivre ces infractions au lieu d'appliquer les dispositions générales relatives aux discours de haine. Enfin, si le révisionnisme n'est pas assimilable à un discours de haine, il est très discutable qu'il doive être interdit.

L'essor des plateformes de médias sociaux a suscité de nouvelles inquiétudes quant à la prolifération des incitations au génocide et autres discours de haine. Facebook a été critiqué pour son rôle présumé dans la diffusion de contenus haineux contre la minorité Rohingya au Myanmar, en raison de son incapacité à prendre des mesures suffisamment efficaces pour supprimer les publications haineuses. Cette situation est en partie due au nombre insuffisant de modérateurs et de vérificateurs de faits connaissant la situation au Myanmar et maîtrisant le birman.15 Une autre source d'inquiétude concerne le rôle présumé de Facebook dans l'amplification des discours haineux via ses algorithmes, qui privilégient les contenus sensationnalistes.16 Le rôle de Facebook dans les violences perpétrées contre les Rohingyas a été mentionné dans un rapport d'une mission d'enquête sur le Myanmar mandatée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies :

74. Le rôle des médias sociaux est considérable. Facebook s'est révélé un instrument précieux pour ceux qui cherchent à propager la haine, dans un contexte où, pour la plupart des utilisateurs, Facebook est synonyme d'Internet. Malgré des améliorations ces derniers mois, la réaction de Facebook a été lente et inefficace. Il est impératif d'examiner de manière indépendante et approfondie dans quelle mesure les publications et messages sur Facebook ont ​​engendré des discriminations et des violences concrètes. La mission regrette que Facebook ne soit pas en mesure de fournir des données par pays concernant la diffusion des discours de haine sur sa plateforme, données pourtant essentielles pour évaluer la pertinence de sa réponse.17

- Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, «Rapport de la mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Myanmar', A/HRC/39/64 (2018)

Le rôle de Facebook pourrait faire l'objet d'un examen judiciaire en raison d'un recours collectif déposé aux États-Unis contre Meta et d'une lettre de mise en demeure déposée au Royaume-Uni par des réfugiés rohingyas.18

Diffamation des religions

De nombreux pays d'Asie du Sud et du Sud-Est ont des lois interdisant la diffamation des religions, et beaucoup érigent également le blasphème en délit. Par exemple, le code pénal sri-lankais interdit certaines expressions qui portent atteinte aux « sentiments religieux » d'autrui.19 En Indonésie, il est interdit de promouvoir l'athéisme ou toute autre religion que les six énumérées par la loi nationale.20 Certains pays ont instauré des peines particulièrement sévères pour les crimes de blasphème et de diffamation religieuse, pouvant aller jusqu'à la peine de mort. Au Pakistan, par exemple, le blasphème est un crime capital.21

Ces lois constituent une violation du droit à la liberté d'expression. Commentaire général 34 stipule que:

Les interdictions de manifester un manque de respect envers une religion ou un autre système de croyances, y compris les lois sur le blasphème, sont incompatibles avec le Pacte, sauf dans les circonstances particulières prévues à l’article 20, paragraphe 2. Ces interdictions doivent également respecter les exigences strictes de l’article 19, paragraphe 3, ainsi que celles des articles 2, 5, 17, 18 et 26. Ainsi, par exemple, il serait inadmissible que de telles lois établissent une discrimination en faveur ou à l’encontre d’une ou plusieurs religions ou systèmes de croyances, ou de leurs adeptes par rapport à d’autres, ou encore entre croyants et non-croyants. Il serait également inadmissible que de telles interdictions soient utilisées pour empêcher ou punir les critiques formulées à l’encontre des chefs religieux ou les commentaires sur la doctrine et les préceptes de la foi.

De nombreux autres pays ont aboli le délit de blasphème ces dernières années, par exemple le Royaume-Uni en 2008.22 Danemark en 2017,23 et le Canada en 2018.24

Conclusion

La question des discours haineux est extrêmement controversée en Asie du Sud et du Sud-Est, divisant la communauté des défenseurs de la liberté d'expression quant à la limite à tracer entre la protection des propos nuisibles aux groupes minoritaires et la possibilité d'exprimer des opinions dissidentes et critiques importantes. Les difficultés liées à la lutte contre les discours haineux sont particulièrement criantes dans les cas de discours haineux en ligne, où la notion d'intention peut être complexe et les mesures correctives plus difficiles à mettre en œuvre. Les lois sur la diffamation des religions et le blasphème devraient être abrogées. Si l'interdiction d'inciter à la commémoration d'événements passés particulièrement tragiques, tels que les génocides, est légitime, on peut se demander si l'interdiction de simplement nier les génocides, ou l'interdiction spécifique de nier l'Holocauste, sont justifiées.

Références

  1. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), « Liberté d'expression contre incitation à la haine : le HCDH et le Plan d'action de Rabat », (2012) (accessible à l'adresse suivante : https://www.ohchr.org/en/issues/freedomopinion/articles19-20/pages/index.aspx).
  2. Cour européenne des droits de l'homme, requête n° 15890/89, (1994) par. 33-35 (accessible à l'adresse : http://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-57891).
  3. UNESCO, Iginio Gagliardone et al, « Contrer le discours de haine en ligne », p 58 (accessible à : http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002332/233231e.pdf).
  4. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), « Liberté d'expression contre incitation à la haine : le HCDH et le Plan d'action de Rabat », (2012) (accessible à l'adresse suivante : https://www.ohchr.org/en/issues/freedomopinion/articles19-20/pages/index.aspx).
  5. Devgan c. Union of India, requête n° 160 de 2020, 2020 SCC OnLine SC 994 (2020) (accessible à l'adresse : https://indiankanoon.org/doc/179868451/).
  6. SRO NO. 310-Loi/2019 (accessible à l'adresse : https://www.cirt.gov.bd/wp-content/uploads/2020/02/Digital-Security-Act-2020.pdf).
  7. Pour un aperçu, voir Centre for Law and Democracy, « Bangladesh : Analyse du projet de loi sur la sécurité numérique, (2018) (accessible à l'adresse : https://www.law-democracy.org/live/bangladesh-digital-security-bill-seriously-flawed/).
  8. Code pénal de 1871 (révisé en 2020) (accessible à l'adresse : https://sso.agc.gov.sg/act/pc1871).
  9. Assemblée générale des Nations Unies, Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, Résolution 260 (III) (1948), Art. 3. (accessible à l'adresse suivante : https://www.un.org/en/genocideprevention/documents/atrocity-crimes/Doc.1_Convention%20on%20the%20Prevention%20and%20Punishment%20of%20the%20Crime%20of%20Genocide.pdf).
  10. Tribunal pénal international pour le Rwanda, affaire n° ICTR-99-52-T, (2003) (accessible à l'adresse : https://unictr.irmct.org/en/cases/ictr-99-52).
  11. Media Defence, « Manuel de formation sur les droits numériques et la liberté d'expression en ligne », p. 57 (2020) (accessible à l'adresse : https://www.mediadefence.org/resource-hub/resources/media-defence-training-manual-on-digital-rights-and-freedom-of-expression-online/).
  12. Tribunal pénal international pour le Rwanda, affaire n° ICTR-99-52-T, (2003) (accessible à l'adresse : https://unictr.irmct.org/en/cases/ictr-99-52) au paragraphe 1072.
  13. Cour pénale internationale, « Statut de Rome de la Cour pénale internationale », articles 6, 25 et 33 (2002) (accessible à l'adresse : https://www.icc-cpi.int/resource-library/documents/rs-eng.pdf).
  14. Par exemple, voir l’affaire Garaudy contre France, requête n° 65831/01 (2003) devant la CEDH.
  15. Voir la lettre de notification de McCue Jury & Partners à Meta au nom de la communauté Rohingya vivant au Royaume-Uni et au Bangladesh (2021) (accessible à l'adresse : https://rohingya-data.s3.amazonaws.com/attachments/ckwunsg221v4vgir2r34oysu6-roh-00352-fac-cor-ipc-2021-12-06-letter-of-notice-vf-26.pdf).
  16. Ibid. Voir également Global Witness, « Algorithme du mal : Facebook a amplifié la propagande militaire du Myanmar après le coup d’État » (2021) (accessible à l’adresse : https://www.globalwitness.org/en/campaigns/digital-threats/algorithm-harm-facebook-amplified-myanmar-military-propaganda-following-coup/).
  17. Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, « Rapport de la mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Myanmar », A/HRC/39/64 (2018) (accessible à l'adresse suivante : https://www.ohchr.org/en/hr-bodies/hrc/myanmar-ffm/reportofthe-myanmar-ffm).
  18. Ram Eachambadi, Jurist, « Des réfugiés rohingyas américains et britanniques poursuivent Facebook pour diffusion de « désinformation haineuse et dangereuse » » (2021) (accessible à l'adresse : https://www.jurist.org/news/2021/12/us-and-uk-rohingya-refugees-sue-facebook-alleging-dissemination-of-hateful-and-dangerous-misinformation/).
  19. Mettre fin aux lois sur le blasphème, « Sri Lanka » (2021) (accessible à l'adresse : https://end-blasphemy-laws.org/countries/asia-central-southern-and-south-eastern/sri-lanka/).
  20. End Blasphemy Laws, « Indonésie » (2020) (accessible à l'adresse : https://end-blasphemy-laws.org/countries/asia-central-southern-and-south-eastern/indonesia/).
  21. End Blasphemy Laws, 'Pakistan' (2020) (accessible à l'adresse : https://end-blasphemy-laws.org/countries/asia-central-southern-and-south-eastern/pakistan/).
  22. Media Defence, « Manuel de formation sur le droit international et comparé des médias et de la liberté d'expression », Richard Carver, (2020) (accessible à l'adresse : https://www.mediadefence.org/resource-hub/resources/media-defence-training-manual-on-international-and-comparative-media-and-freedom-of-expression-law/).
  23. The Guardian, « Le Danemark abroge une loi sur le blasphème vieille de 334 ans » (2017) (accessible à l'adresse : https://www.theguardian.com/world/2017/jun/02/denmark-scraps-334-year-old-blasphemy-law).
  24. Global News Wire, « L’abrogation de la loi canadienne sur le blasphème saluée par une organisation laïque nationale » (2018) (accessible à l’adresse : https://www.globenewswire.com/news-release/2018/12/14/1667079/0/en/Repeal-of-Canada-s-Blasphemy-Law-Applauded-by-National-Secularist-Organization.html).

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