
- Certains types de discours, connus sous le nom de discours de haine, sont interdits par le droit international.
- Il est important d'établir une distinction claire entre les propos offensants, voire racistes, qui sont pourtant protégés par les garanties internationales de la liberté d'expression, et les propos qui constituent un discours de haine inadmissible et qui devraient légitimement être restreints.
- Réglementer les discours haineux peut s'avérer particulièrement difficile dans le contexte en ligne.
- Le droit international exige des États qu'ils interdisent les discours haineux qui incitent intentionnellement à la violence, à la haine ou à la discrimination, mais pas ceux qui entraînent un préjudice réel.
- Le plus grand danger des discours haineux réside dans le fait que le flou qui entoure leur définition peut permettre d'utiliser ces lois comme des outils pour étouffer les critiques légitimes ou le discours politique.
- L’incitation au génocide est souvent considérée comme un cas particulier de discours de haine, même s’il convient d’être vigilant afin de s’assurer que toute restriction soit ciblée et légitime.
Introduction
Malgré l’importance de la liberté d’expression, tous les discours ne sont pas protégés par le droit international, et certaines formes d’expression, limitées, doivent être interdites par les États. L’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) dispose que :
[1] Toute propagande de guerre est interdite par la loi.
[2] Toute incitation à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdite par la loi.
En outre, l’article 4(a) de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale exige que la diffusion d’idées fondées sur la supériorité raciale ou la haine raciale, l’incitation à la discrimination raciale, ainsi que tous les actes de violence ou l’incitation à de tels actes contre toute race ou tout groupe de personnes d’une autre couleur ou origine ethnique, soient déclarés infraction punissables par la loi.
Les dispositions relatives aux discours haineux en droit international distinguent trois catégories de discours : ceux qui doivent être restreints, ceux qui peuvent l’être, et ceux qui sont licites et bénéficient d’une protection, selon leur gravité. La réglementation des discours haineux varie considérablement d’une juridiction à l’autre, notamment quant à la définition même de ce qui constitue un discours haineux.
Il est nécessaire de définir clairement et précisément ce que l'on entend par « discours de haine », ou d'établir des critères objectifs applicables. Une réglementation excessive des discours de haine peut porter atteinte au droit à la liberté d'expression, tandis qu'une réglementation insuffisante peut entraîner des actes d'intimidation, de harcèlement ou de violence à l'encontre des minorités et des groupes protégés.
Parallèlement, un équilibre délicat doit être maintenu : le danger évident de la réglementation des discours haineux réside dans le fait que, si des dispositions restrictives peuvent conduire à la violation de l’essence même de ces droits, le flou dans la définition de ce qui constitue un acte de discours haineux peut permettre de pénaliser des expressions qui n’ont ni l’intention ni la possibilité réaliste d’inciter à la haine.
Il est important de ne pas confondre discours haineux et propos offensants, car le droit à la liberté d'expression englobe les discours vigoureux, critiques, ou susceptibles de choquer ou d'offenser. Le discours haineux est peut-être le sujet qui suscite le plus de désaccords parmi les défenseurs de la liberté d'expression, car définir la frontière entre propos offensants mais protégés et discours haineux peut s'avérer extrêmement difficile.
De manière générale, nul ne devrait être sanctionné pour des propos véridiques. Par ailleurs, le droit des journalistes à communiquer des informations et des idées au public doit être respecté, y compris lorsqu'ils traitent de racisme et d'intolérance, et la censure préalable ne devrait être appliquée, le cas échéant, que dans des circonstances exceptionnelles. Enfin, toute sanction pour discours haineux doit être strictement conforme au principe de proportionnalité.
Il existe certaines distinctions entre les discours haineux en ligne et hors ligne qui peuvent nécessiter une attention particulière, bien que les lois ne fassent généralement pas de distinction entre les deux :
- Il est plus facile de publier du contenu en ligne sans y réfléchir suffisamment. Dans les affaires de discours haineux en ligne, il est nécessaire de faire la distinction entre les propos mal réfléchis publiés à la hâte et les menaces réelles s'inscrivant dans une campagne de haine intentionnelle.
- Une fois en ligne, un contenu peut être difficile, voire impossible, à supprimer définitivement. Les discours haineux publiés sur Internet peuvent persister sous différentes formes sur de multiples plateformes, ce qui complique leur traitement.
- Les contenus en ligne sont fréquemment publiés anonymement, ce qui représente un défi supplémentaire dans la lutte contre les discours haineux en ligne.
- Internet a une portée transnationale, ce qui soulève des complications interjuridictionnelles en matière de mécanismes juridiques de lutte contre les discours de haine, voire même en ce qui concerne leur définition.
Dans ce module
- Introduction
- Qu'est-ce que la Diffamation ?
- Diffamation criminelle
- Diffamation civile
- Une déclaration véridique peut-elle être diffamatoire ?
- Le droit à la protection contre les atteintes à la réputation
- Quelle est la bonne façon de gérer la diffamation en ligne ?
- Types de déclarations potentiellement diffamatoires
- Types de réclamations
- Conclusion
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