Ces douze derniers mois ont mis en lumière la gravité des menaces qui pèsent sur la liberté de la presse. Chez Media Defence, nous constatons ces défis au quotidien. L’année dernière, la pandémie a accéléré leur progression, des régimes sans scrupules ayant instauré des mesures juridiques répressives sous couvert de lutte contre la désinformation, utilisant des méthodes de plus en plus sophistiquées pour contrôler l’information en ligne et poursuivant leur répression du journalisme critique.
Les journalistes continuent d'être victimes de violences, notamment dans le contexte des conflits internes et interétatiques, des insurrections et des élections. Ces attaques restent souvent impunies, les membres des forces de sécurité ou les acteurs non étatiques commettant des actes de violence contre les journalistes en toute impunité. Media Defence poursuit ses actions en justice devant les juridictions nationales et régionales. Nous avons récemment… a déposé une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) Au nom de trois journalistes blessés et du frère d'un fixeur de journalistes tué lors du bombardement par les forces armées azerbaïdjanaises de la ville d'où ils effectuaient leur reportage, nous collaborons également avec des avocats locaux afin d'obtenir justice concernant la mort, encore inexpliquée, d'un journaliste camerounais. Samuel Wazizi Alors qu'il était en détention, Wazizi avait publié des articles critiques sur la conduite du conflit dans la région anglophone du Cameroun, et les autorités ont dissimulé sa mort pendant près d'un an.
Les journalistes sont également confrontés à des poursuites judiciaires sans fondement à un niveau sans précédent. Ces poursuites, ou SLAPP (poursuites stratégiques contre la participation publique)Ces poursuites visent à intimider les journalistes et autres personnes qui expriment des critiques à l'égard du comportement de personnes ou d'entreprises influentes. Elles sont souvent fondées sur des allégations infondées, futiles ou exagérées et sont intentées dans le but de faire pression sur un journaliste ou un défenseur des droits humains, plutôt que de faire valoir un droit. L'affaire Elena Popa L'histoire de Popa est un exemple glaçant du fonctionnement des poursuites-bâillons. Elle a créé un groupe Facebook pour permettre aux aides à domicile de partager des informations sur les activités illégales et de s'avertir mutuellement des organisations et des individus. Pour les populations vulnérables comme les aides à domicile, internet et les réseaux sociaux constituent souvent le principal moyen de s'informer. Pourtant, Popa a été la cible d'une avalanche de poursuites civiles en Roumanie, intentées par des agences de recrutement pour diffamation. L'association Media Defence, en collaboration avec l'avocat roumain des droits de l'homme Constantin Cojocariu, la représente désormais devant la Cour européenne des droits de l'homme afin de faire valoir son droit à la liberté d'expression.
Un autre défi à la liberté d'expression et au journalisme indépendant provient des efforts déployés par les États pour contrôler l'information en ligne. Compte tenu du contexte particulièrement hostile et répressif qui règne dans de nombreux États pour les médias traditionnels, Internet est souvent le dernier refuge pour une expression libre et indépendante. Or, les États répriment de plus en plus la liberté d'expression en ligne de diverses manières. Dans de nombreuses juridictions, Internet est étroitement contrôlé, que ce soit par des blocages périodiques ou un filtrage continu des sites web. Le blocage de l'information en ligne est souvent motivé par des raisons politiques évidentes : les sites web et les réseaux sociaux sont régulièrement bloqués afin d'étouffer les manifestations légitimes et de restreindre la couverture médiatique exacte. Media Defence continue d'agir au nom des journalistes et de toutes les personnes affectées par ces atteintes à la liberté d'expression. En juin 2020, La Cour de justice de la CEDEAO a rendu une décision importante Dans une affaire de liberté d'expression, de droits numériques et de liberté de la presse, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé que le Togo avait agi illégalement en coupant l'accès à Internet en 2017. Media Defence, en collaboration avec Amnesty International, représentait les plaignants. Ces coupures sont intervenues alors que des manifestants réclamaient des réformes constitutionnelles. Media Defence intervient également dans plusieurs autres affaires concernant des coupures d'Internet et le blocage des réseaux sociaux devant la Cour européenne des droits de l'homme et la Commission africaine des droits de l'homme.
Le journalisme indépendant est confronté à d'immenses défis, allant des régimes autoritaires qui mettent en œuvre des lois régressives étouffant la liberté d'expression à l'incapacité des journalistes à vivre de leur métier. Media Defence reste déterminé à relever ces défis, notamment en fournissant un soutien d'urgence aux journalistes et en développant son programme de contentieux stratégique afin de renforcer la liberté de la presse et la liberté d'expression dans le monde entier.
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