La Cour de Strasbourg a conclu à l'absence de violation de l'article 10 lorsque le journal a été sommé d'anonymiser un article.

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a tenue La Cour a jugé qu'une décision des tribunaux belges enjoignant à un journal d'anonymiser le nom du conducteur responsable d'un accident de la route mortel dans un article disponible dans ses archives en ligne ne portait pas atteinte au droit à la liberté d'expression de l'éditeur. L'importance de ce jugement réside dans la manière dont le « droit à l'oubli » est appliqué et dans ses implications pour les archives médiatiques.

Le requérant, Patrick Hurbain, était à l'époque concernée la rédaction du journal belge de langue française Le Soir. Dans 1994, Le Soir, Un article relatant un accident de la route ayant fait deux morts et trois blessés y a été publié. Le nom du conducteur responsable (« G ») y figurait. En 2008, Le Soir, Le journal a créé une archive en ligne proposant gratuitement des versions électroniques des articles publiés à partir de 1989. Dès lors, l'article en question est devenu accessible gratuitement sur ce site. En 2010, G a adressé plusieurs courriers au journal demandant la suppression de l'article de ses archives électroniques, ou à tout le moins, l'anonymisation de son nom. G a fait valoir qu'une recherche Google avec son nom menait à l'article et que, de ce fait, sa réputation avait été atteinte, d'autant plus qu'il exerçait la profession de médecin. En 2010, G a obtenu gain de cause devant les tribunaux belges contre M. Hurbain, en sa qualité de rédacteur en chef du journal. Le Soir, et a obtenu une ordonnance d'anonymisation de l'article. En 2016, M. Hurbain a saisi la CEDH, arguant que l'ordonnance d'anonymisation violait ses droits garantis par l'article 10.

Dans son arrêt, la CEDH a estimé que les juridictions nationales avaient correctement mis en balance le droit au respect de la vie privée de G et le droit à la liberté d'expression de M. Hurbain, conformément aux critères établis par sa jurisprudence. La Cour a conclu que l'atteinte au droit à la liberté d'expression de M. Hurbain, résultant de l'ordonnance d'anonymisation, était nécessaire et proportionnée.

L’issue de cette affaire soulève des inquiétudes quant à la manière dont le « droit à l’oubli » a été appliqué depuis l’arrêt de la CJUE dans l’affaire 1999. Google Espagne maisonsComme nous l'avons souligné dans notre récente intervention dans l'affaire de Biancardi contre l'ItalieCette interprétation extensive du « droit à l'oubli » aura inévitablement des répercussions sur la liberté de la presse. Elle nuira aux archives médiatiques en ligne, dont la vocation est de conserver et de rendre accessible une information susceptible de s'avérer pertinente ultérieurement. Le journalisme d'investigation implique souvent de mettre au jour des informations potentiellement compromettantes ou controversées concernant une personne. La possibilité de rechercher une personne par son nom est souvent essentielle pour accéder à ces informations. L'anonymisation supprime cette possibilité et fausse la mémoire collective.

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