Le 10 janvier 2019, l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un avis préjudiciel de principe (disponible ci-dessous) dans l’affaire Google contre CNIL concernant la portée du droit des personnes physiques à demander la suppression, ou « déréférencement », des informations en ligne les concernant. L’avocat général Maciej Szpunar estime que la mise en œuvre de ce droit, lorsqu’il est acquis, ne devrait s’appliquer qu’à l’Union européenne et non au monde entier.
Le droit à l'oubli trouve son origine dans l'arrêt historique de 2014. Google Espagne c. AEPD et Mario Costeja GonzalezDans l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), il a été jugé que les individus peuvent demander aux moteurs de recherche de supprimer les liens vers des contenus en ligne inadéquats, non pertinents ou excessifs les concernant. Peu après, le Conseil d'État français a saisi la CJUE de l'affaire afin d'obtenir des éclaircissements. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a fait valoir que, lorsqu'une action fondée sur le droit à l'oubli est couronnée de succès, les moteurs de recherche devraient être tenus de supprimer tous les liens pertinents, non seulement depuis le domaine national, mais également depuis tous leurs domaines à travers le monde.
MLDI faisait partie d'une coalition d'organisations internationales de défense de la liberté d'expression qui sont intervenues auprès de la CJUE, soulignant les conséquences négatives potentiellement considérables pour la liberté d'expression si l'argument de la CNIL était retenu. L'intervention a notamment fait remarquer que le droit à l'oubli doit être mis en balance avec le droit à la liberté d'expression, que le déréférencement global constituerait une atteinte disproportionnée à cette liberté et qu'il risquerait d'entraîner une surenchère de restrictions à la liberté d'expression si les opérations de déréférencement pouvaient avoir un effet extraterritorial à l'échelle mondiale.
L’avocat général a également affirmé aujourd’hui que le droit à l’oubli doit être mis en balance avec d’autres droits fondamentaux, ainsi qu’avec l’intérêt public légitime d’accéder à l’information recherchée. Il a ajouté que les considérations à prendre en compte dans cet exercice de mise en balance varient d’une juridiction à l’autre, de sorte que des injonctions de déréférencement globales risqueraient d’empêcher les personnes résidant dans des États tiers d’accéder à l’information et, par conséquent, d’empêcher les personnes résidant dans l’UE d’y accéder. L’avocat général propose donc que la CJUE juge que, lorsqu’une demande de déréférencement est acceptée, l’exploitant du moteur de recherche ne soit tenu d’effectuer le déréférencement qu’au sein de l’UE.
L’avis de l’avocat général constitue une avancée importante pour la protection de la liberté d’expression face à la concurrence des droits fondamentaux. Bien que non contraignant, cet avis pourrait donner une indication de l’arrêt que rendra la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) dans cette affaire. L’arrêt de la CJUE est attendu en avril 2019.
MLDI est intervenu aux côtés du Reporters Committee for Freedom of the Press, de l'American Society of News Editors, de l'Associated Press, de l'Association of Alternative Newsmedia, de Chicago Tribune Company LLC, de Dow Jones & Company, Inc., de The EW Scripps Company, de First Look Media Works, Inc., du Floyd Abrams Institute for Freedom of Expression, de Gannett Co., Inc., de Hearst Corporation, de l'International Documentary Assn., de Los Angeles Times Communications LLC, du Media Law Resource Center, de la Media Legal Defence Initiative, de la MPA – The Association of Magazine Media, de la National Press Photographers Association, de National Public Radio, Inc., de The New York Times Company, de la News Media Alliance, de l'Online News Association, de Thomson Reuters Markets LLC, de The Seattle Times Company, du Tully Center for Free Speech et du Washington Post.