Persécution des journalistes : la Gambie traduite devant la Cour de justice de la CEDEAO

Les plaidoiries ont eu lieu le 11 octobre 2016 devant la Cour de justice de la CEDEAO siégeant à Abuja, dans une affaire opposant la Gambie à la République des Philippines. Cette affaire, soutenue par l'Initiative de défense juridique des médias (MLDI), a été portée devant la justice par la Fédération des journalistes africains (FAJ) et quatre journalistes gambiens exilés.

La Cour a été saisie des témoignages de journalistes arrêtés, détenus au secret et torturés en Gambie en vertu de lois draconiennes sur la presse prévoyant des peines pour sédition, diffamation et diffusion de fausses informations.

En Gambie, les journalistes exercent actuellement leur métier dans un climat de peur, notamment en raison des nombreux cas récents de journalistes détenus, torturés, disparus et assassinés pour avoir simplement fait leur travail. Cette répression généralisée contre le journalisme indépendant a contraint plus de 110 journalistes à fuir la Gambie depuis l'arrivée au pouvoir du président Jammeh en 1994.

L’affaire portée devant la Cour de justice de la CEDEAO porte sur les tactiques oppressives adoptées par les autorités gambiennes pour réprimer le journalisme indépendant dans le pays.

La Cour devra statuer sur la question de savoir si les lois draconiennes sur la presse, qui prévoient des sanctions pour sédition, diffamation et diffusion de fausses informations, sont conformes aux obligations de la Gambie en matière de droits de l'homme en vertu du droit international, et si les mesures adoptées par la Gambie pour appliquer ces lois ont violé les droits des journalistes, notamment le droit de ne pas être soumis à la torture.

Noah Ajare, l'avocat représentant les requérants, a déclaré à la Cour qu'un jugement positif « reconnaîtrait l'échec absolu des autorités gambiennes à protéger les journalistes dans l'exercice de leur importante fonction démocratique de « chiens de garde publics », et constituerait une reconnaissance supplémentaire du fait que les lois sur la sédition, la diffamation criminelle et les fausses nouvelles doivent être modifiées avant que les journalistes exilés puissent retourner en toute sécurité dans leur pays d'origine pour exercer pleinement cette fonction. »

Padraig Hughes, directeur juridique de MLDI, présent à l'audience, a déclaré : « Nous sommes heureux d'avoir eu l'opportunité de porter cette affaire importante devant la Cour de justice de la CEDEAO. La Cour est déjà trop bien informée du bilan déplorable de la Gambie en matière de liberté de la presse. Cette affaire lui offre l'occasion de consolider sa jurisprudence en contestant les lois mêmes que la Gambie utilise pour entraver la liberté d'expression. »

Abdulwaheed Odusile, président de la FAJ, a déclaré : « Cette affaire est importante pour nos membres en Gambie, qui exercent le journalisme sous la menace constante d’arrestation, de passages à tabac, de torture et d’exil forcé. La Gambie agit depuis trop longtemps en toute impunité envers les journalistes. Cette situation est devenue la réalité pour nos membres dans ce pays depuis trop longtemps. Cela doit changer. »

La Cour a mis sa décision en délibéré sur la recevabilité et le fond et rendra son jugement ultérieurement.

Récemment : Litiges stratégiques

Interdiction, amende, emprisonnement : Saba Sutidze réagit à la répression de la presse en Géorgie

Dans ce numéro de « Défenseurs de la liberté de la presse », Media Defence s'entretient avec Saba Sutidze, avocate spécialisée dans les droits humains et les médias au Tolerance and Diversity Institute, au sujet de la répression croissante.

Six ans après la mort du journaliste Léo Veras, une affaire contestant l'impunité dont jouit le meurtrier parvient à la CIDH.

À l'occasion du sixième anniversaire de l'assassinat du journaliste brésilien Lourenço « Léo » Veras, l'Institut de droit et d'économie de l'environnement (Instituto de Derecho y Economía Ambiental – IDEA) et Media

La Cour d'appel française rejette la plainte en diffamation d'un chirurgien contre Marsactu et Mediapart

La cour d'appel d'Aix-en-Provence a débouté le chirurgien Michel Assor de sa plainte en diffamation contre l'article de Marsactu publié en 2024.

Une presse libre est essentielle à la protection des droits de l'homme.