L'association Media Defence a déposé une deuxième requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme au nom de la journaliste citoyenne Elena Popa. Mme Popa fait l'objet de plusieurs poursuites judiciaires depuis la création d'un groupe Facebook. Ce groupe avait pour but de diffuser des informations sur les pratiques illégales des agences de recrutement de personnel soignant opérant en Autriche et en Allemagne.
Mme Popa, elle-même aide à domicile, a créé le groupe Facebook « Attention aux intermédiaires malhonnêtes » en 2015. Ce groupe servait de plateforme aux travailleuses (principalement des femmes et des migrantes roumaines et slovaques) pour partager des informations sur les agences qui les avaient placées dans des familles d'accueil. Travaillant dans ce secteur peu réglementé, nombre d'entre elles étaient soumises à des conditions dangereuses et illégales, ainsi qu'à d'autres pratiques d'exploitation, avec peu de recours.
Le groupe Facebook de Popa a connu une croissance rapide, atteignant plus de 24 000 membres. Cependant, en 2018, elle a fait l'objet d'une avalanche de poursuites civiles intentées en Roumanie par des agences de recrutement citées dans le groupe. Popa était accusée d'avoir encouragé la diffusion de propos diffamatoires. Certains plaignants ont même cité des publications auxquelles Popa n'avait pas participé personnellement, mais qu'elle avait laissées en ligne en tant qu'administratrice du groupe.
Media Defence est intervenue en tant que tierce partie dans trois des affaires nationales intentées contre Popa. En décembre 2019, conjointement avec l'avocat roumain des droits de l'homme Constantin Cojocariu, nous avons déposé une requête auprès de la CEDH contestant les décisions de justice ordonnant à Popa de payer 5 000 lei roumains et de cesser de publier des commentaires « diffamatoires ».
La requête la plus récente déposée devant la CEDH soutient que Mme Popa s'est livrée à des reportages sur des sujets d'intérêt public, contrairement aux conclusions des juridictions nationales.
Pour les populations vulnérables, comme les aides à domicile, internet et les réseaux sociaux sont essentiels pour leur permettre de partager des informations et d'exercer leur droit à la liberté d'expression. L'affaire Popa illustre une tendance croissante et dangereuse : le recours aux poursuites judiciaires pour intimider et faire taire les discours d'intérêt public en ligne.