Un coup dur pour la liberté de la presse aux Philippines : la journaliste primée Maria Ressa risque six ans de prison après avoir été reconnue coupable de diffamation en ligne le 15 juin 2020. L’organisation Media Defence lui apporte son soutien.
Cette affaire, largement perçue comme une tentative de museler les médias indépendants aux Philippines, concerne un article publié en 2012 sur le réseau social Rappler, l'un des sites d'information les plus influents du pays, au sujet de l'ancien président de la Cour suprême. Reynaldo Santos Jr, ancien chercheur et rédacteur pour ce site, a également été condamné.
Ressa, arrêtée et inculpée en février 2018, a contesté avec véhémence l'accusation infondée de « cyberdiffamation ». Son équipe de défense a plaidé que, l'article n'ayant pas été écrit par elle et ayant été rédigé de bonne foi, il relevait des exceptions à la diffamation prévues par le droit national. De plus, il a été souligné qu'au moment de la publication, la loi en vertu de laquelle Ressa est poursuivie, la controversée loi de 2012 sur la prévention de la cybercriminalité, n'existait pas encore et a été promulguée quatre mois plus tard. Cette loi, qui prévoit notamment des peines d'emprisonnement pour les personnes reconnues coupables de diffamation, a fait l'objet de vives critiques. organismes internationaux surélevées que pour les groupes de défense des droits de l'homme car incompatible avec les obligations des Philippines en vertu du droit international.
La liberté de la presse aux Philippines s'est gravement détériorée sous la présidence de Duterte, le pays occupant désormais la 136e place sur 180 dans le classement de RSF. Les attaques contre la presse, notamment les menaces gouvernementales, les restrictions imposées aux médias et la recrudescence des assassinats de journalistes depuis l'entrée en fonction de Duterte en juin 2016, font des Philippines l'un des pays les plus dangereux d'Asie pour les journalistes.
L'affaire de « cyberdiffamation » n'est qu'un exemple parmi une série de poursuites judiciaires visant à faire taire Rappler, média qui a examiné de près le gouvernement de Duterte et mis en lumière des problèmes de corruption, d'exécutions extrajudiciaires et de politique gouvernementale en matière de lutte contre la drogue. Ressa fait également l'objet d'une seconde enquête pour « cyberdiffamation », ouverte en février 2020, concernant un tweet publié sur son compte Twitter en février 2019. Par ailleurs, Ressa et Rappler doivent se défendre contre d'autres poursuites pénales, notamment pour violation du droit national lors de l'obtention d'investissements auprès d'un fonds étranger, et pour fraude fiscale, ainsi que pour falsification de sa déclaration de revenus en 2015. Ces poursuites pourraient entraîner des peines cumulées d'environ 100 ans de prison.
L'arrestation de Ressa en février 2019 a été largement condamnée. Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a déclaré que cela semblait être le « dernier élément d'une série d'actes d'intimidation à l'encontre d'un média qui a farouchement défendu son indépendance et son droit de mener des enquêtes approfondies et de critiquer les autorités ». De plus, International Press Institute ont fermement condamné l'arrestation, la qualifiant de « tentative scandaleuse du gouvernement philippin de faire taire un organe de presse qui enquête courageusement sur la corruption et les violations des droits de l'homme dans le pays ».
« Maria Ressa a été condamnée pour un crime qu'elle n'a pas commis, pour avoir simplement fait son travail d'information du public et de demande de comptes aux puissants. Sa condamnation crée un dangereux précédent pour la liberté de la presse aux Philippines et risque de museler tout reportage critique sur le gouvernement et les responsables publics. »
– Alinda Vermeer, PDG par intérim, Défense des médias
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