La Cour européenne des droits de l'homme juge que le refus de la Hongrie d'autoriser un journaliste à accéder au centre pour demandeurs d'asile constitue une atteinte à la liberté de la presse.

La Cour européenne des droits de l'homme a jugé que le refus d'accorder à un journaliste l'accès à un centre d'accueil pour demandeurs d'asile en Hongrie portait atteinte à son droit à la liberté d'expression. Dans son arrêt Szurovecz c. Hongrie, Le tribunal a souligné que la collecte d'informations, y compris l'observation directe, est un élément essentiel de la liberté de la presse. Media Defence est intervenu dans cette affaire, aux côtés d'une coalition d'ONG.

En septembre 2015, le journaliste hongrois Illes Szurovecz a demandé l'accès au centre d'accueil de Debrecen. Ce centre était devenu un important lieu d'hébergement pour les demandeurs d'asile arrivant en Hongrie, malgré de graves inquiétudes quant à leur traitement. Szurovecz souhaitait obtenir l'autorisation d'y entrer afin d'interviewer les demandeurs d'asile et de prendre des photos. Les autorités hongroises ont rejeté sa demande, invoquant des préoccupations relatives à la vie privée et à la sécurité des demandeurs d'asile qui y vivaient. Szurovecz a fait appel de cette décision, sans succès, et a ensuite porté l'affaire devant la Cour de Strasbourg.

MLDI faisait partie d'une coalition d'organisations internationales intervenues dans cette affaire. Cette intervention a souligné que la collecte d'informations, notamment l'accès physique aux lieux où se déroulent des événements importants, est une composante essentielle du journalisme d'investigation.

Conformément à cette position, la Cour a relevé que l'accès journalistique aux lieux est souvent essentiel au travail d'information, notamment lorsque l'État exerce un contrôle sur ces lieux. Elle a souligné que les médias, lorsqu'ils jouent un rôle de contre-pouvoir, peuvent, par leur présence physique sur place, demander des comptes aux autorités. En l'espèce, elle a constaté que les autorités n'avaient pas suffisamment pris en compte la finalité journalistique de leur enquête de terrain, menée par le biais d'entretiens et de photographies ; à savoir, examiner les conditions de vie et le traitement des demandeurs d'asile. L'arrêt indique que la Cour examinera avec attention toute restriction d'accès des médias aux lieux, en particulier lorsqu'un intérêt public manifeste est en jeu.

En Hongrie, des journalistes continuent de se plaindre de se voir refuser l'accès aux lieux de détention des demandeurs d'asile. Ces lieux restent lourdement gardés et, malgré les nombreux témoignages faisant état de conditions de vie déplorables, les journalistes ne peuvent toujours pas enquêter correctement sur les conditions de détention ni sur le traitement réservé aux personnes qui y vivent. L'arrêt de la Cour est donc opportun. De tels incidents, où des questions d'intérêt public se déroulent dans des lieux contrôlés par l'État, se produisent quotidiennement en Europe. La décision de la Cour confirme que les restrictions d'accès des journalistes à ces lieux doivent faire l'objet d'un contrôle rigoureux.

Media Defence est intervenue dans cette affaire aux côtés d'Index on Censorship, du Reporters Committee for Freedom of the Press, du Conseil européen des éditeurs, de PEN International, du Comité Helsinki hongrois, de l'Association néerlandaise des journalistes et du Centre européen pour la liberté de la presse et des médias.

Nous remercions Stibbe pour son aide lors de cette intervention.

Voir le jugement du tribunal : http://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-196418

Pour obtenir une copie de l'intervention, veuillez cliquez ici.

Pour plus d'informations, contactez Pádraig Hughes, directeur juridique : Padraig.hughes@mediadefence.org

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