Media Defence salue les récentes décisions de la Cour constitutionnelle turque, qui a jugé illégale la détention des journalistes Mehmet Altan et Sahin Alpay (emprisonnés depuis plus d'un an). Ces décisions devraient constituer une avancée majeure vers la libération des journalistes, mais les juridictions inférieures refusent de les appliquer, arguant que la Cour constitutionnelle a outrepassé ses compétences.
« Le non-respect des arrêts de la Cour constitutionnelle par les juridictions inférieures, malgré les principes du droit constitutionnel, est un signe inquiétant. Il indique qu'il n'existe aucun recours effectif en Turquie pour protéger les journalistes contre les enquêtes et détentions abusives liées à leurs reportages critiques », a déclaré Ayse Bingol, juriste de l'association Media Defence. « Ce refus soulève également des inquiétudes quant à l'indépendance et à l'impartialité du pouvoir judiciaire, car il intervient peu après plusieurs déclarations critiques formulées par de hauts responsables gouvernementaux à l'encontre de la Cour constitutionnelle », a-t-elle ajouté.
Pour tenter de résoudre cette « crise constitutionnelle », les avocats des journalistes ont exhorté la Cour constitutionnelle à statuer sur les modalités d'application de la décision afin d'assurer leur libération immédiate. On ignore encore si la Cour accédera à cette requête et si les juridictions inférieures se conformeront ensuite à ses injonctions.
Face au recul rapide de la liberté de la presse en Turquie, Media Defence est active dans le pays et veille à ce que son soutien juridique soit accessible aux journalistes, aux médias et aux blogueurs menacés en raison de leurs reportages. Nous soutenons actuellement plusieurs affaires devant les tribunaux turcs et nous nous sommes joints à plusieurs interventions de tiers pendantes devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) concernant le sort de journalistes détenus en Turquie.
Media Defence exhorte les autorités turques à respecter et protéger les droits et libertés des journalistes, conformément aux obligations qui incombent à la Turquie en vertu du droit international des droits de l'homme ; à se conformer aux arrêts de la Cour constitutionnelle ; et à libérer immédiatement les journalistes détenus. Leurs affaires sont pendantes devant la CEDH depuis plus d'un an. Nous espérons que cette décision incitera la Cour à statuer sur ces affaires et à confirmer le droit à la liberté d'expression de ces journalistes.