Cette semaine, le Cour africaine des droits de l'homme et des peuples La Cour examinera sa première affaire relative à la liberté d'expression. Saisie par MLDI, elle concerne le cas de Lohé Issa Konaté, un journaliste burkinabé qui a purgé une peine de 12 mois de prison, a été condamné à une amende équivalente à 18 années de salaire moyen et dont le journal a été fermé pour avoir insulté et diffamé un procureur local.
En août 2012, Lohé Issa Konaté, rédacteur en chef du journal L'Ouragan, a publié des articles accusant Placide Nikiéma, procureur de la République et principal tribunal correctionnel du pays, de corruption et d'abus de pouvoir. Ces articles affirmaient qu'une affaire de contrefaçon très médiatisée avait été classée sans suite après son intervention et qu'il était également intervenu dans une affaire de trafic de véhicules d'occasion.
En réponse, le procureur a porté plainte et Konaté a été poursuivi et condamné à 12 mois de prison. Il a également été condamné à une amende et à des dommages et intérêts d'un montant total de 12,000 6 dollars américains, et l'établissement L'Ouragan a été fermé pour une durée de six mois. Les condamnations ont été confirmées en appel.
MLDI a pris en charge le cas de Konaté et le représente désormais devant la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. MLDI a demandé à la Cour de statuer non seulement sur le fait que la condamnation de Konaté viole son droit à la liberté d'expression, mais aussi que le droit pénal ne devrait jamais être utilisé dans un litige portant atteinte à la réputation et que l'emprisonnement et la fermeture d'un média constituent des sanctions excessivement sévères. Une telle décision aurait des répercussions dans de nombreux pays africains, dont la plupart appliquent encore des lois pénales répressives en matière de diffamation à l'encontre des journalistes.
Cette affaire constituera un arrêt historique en matière de liberté d'expression devant la Cour africaine. Une décision de la Cour déclarant que l'emprisonnement pour diffamation viole le droit à la liberté d'expression représenterait un progrès considérable pour la protection de ce droit sur le continent.
Plusieurs associations de journalistes et organisations de défense des droits humains sont intervenues en faveur de la demande, notamment… Centre pour les droits de l'homme; Comité pour la protection des journalistes; Institut des médias d'Afrique australe; Réseau panafricain des défenseurs des droits de l'homme; Union panafricaine des avocats; la Centre de contentieux de l'Afrique australe; Association mondiale des journaux et des éditeurs de presse; PEN International et les centres PEN de Malawi, Algérie, Nigéria, Sierra Leone et l'Afrique du SudL'intervention de ces organisations met en lumière l'impact négatif des lois sur la diffamation pénale sur le développement du journalisme en Afrique et le véritable effet dissuasif que représente la perspective d'une peine d'emprisonnement pour diffamation. Les avocats de l'Union panafricaine des avocats et du Centre de contentieux d'Afrique australe prendront la parole devant le tribunal sur cette question ; ce sera la première fois que des intervenants seront autorisés à s'exprimer publiquement et à présenter des observations écrites.
L'audience devant le tribunal aura lieu les 20 et 21 mars et une décision est attendue d'ici le milieu de l'année.
Konaté est représentée devant le tribunal par le conseiller juridique principal de MLDI. Nani Jansen, John Jones QC des chambres de Doughty Street et Steven Finizio de Wilmer Hale