Quelle est la situation de la presse au Nigéria ?
Le Nigeria possède un paysage médiatique diversifié. Ces dernières années, le marché s'est trouvé saturé de médias numériques et de plateformes de journalisme citoyen, dont Sahara Reporters fait partie. Autrefois, les journaux défiaient l'armée et continuaient de paraître, mais après la chute du régime militaire en 1999, les dirigeants politiques ont pris le contrôle des médias.
Ce contexte a permis à des sites de journalisme citoyen comme Sahara Reporters de prospérer et de continuer à informer le public sur les sujets importants. Sous le régime militaire, les journaux ont bravé la censure et publié de nombreux articles critiques. Mais sous le régime civil, les médias ont été instrumentalisés. Les rédacteurs en chef étaient secrètement payés pour étouffer des affaires. Récemment, cependant, de nouvelles formes d'information ont émergé et ont relancé le paysage médiatique, notamment grâce aux journalistes citoyens et à l'utilisation des réseaux sociaux et d'autres plateformes.
Les poursuites judiciaires ont été engagées contre vous personnellement, et non contre le site web. Pourquoi ?
Ces poursuites visaient à ruiner notre entreprise. Je suis basé à New York et les plaintes ont été déposées contre moi aux États-Unis. Se défendre en justice ici coûte très cher. Quand on vous poursuit en justice en Occident, ce n'est pas pour savoir si vous avez raison ou tort ; c'est pour vous ruiner et vous mettre dans une situation financière catastrophique. Ils savaient que je n'avais ni les moyens financiers ni les compétences juridiques nécessaires, alors en me poursuivant à titre personnel, ils cherchaient à me rendre impossible la survie financière.
Leur intention était de me destituer et, par conséquent, de faire fermer l'organisation que j'avais fondée. S'ils avaient intenté un procès au site web, j'aurais pu continuer à développer un média dénonçant la corruption des élites politiques. À l'époque où ils ont lancé leurs attaques, Sahara Reporters était quasiment une affaire individuelle. Heureusement, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Que se serait-il passé si vous n'aviez pas bénéficié du soutien de MLDI et de son réseau de bénévoles ?
Sans avocats pour me défendre, j'aurais fait faillite et, par conséquent, je n'aurais plus pu exercer mon métier de journaliste citoyen. Il m'aurait été impossible de mener ce combat sans me laisser distraire, et j'aurais alors été incapable de poursuivre notre mission. Grâce à une défense juridique solide et à une protection efficace, nous avons pu continuer à élargir nos horizons et faire de Sahara Reporters ce qu'il est aujourd'hui.
Les poursuites engagées contre moi auraient pu mettre un terme à mes efforts pour apporter aux Nigérians une information authentique et sans censure, tout en explorant les technologies les plus récentes afin de toucher un public plus large. Notre travail en ligne a été une source d'inspiration pour les journalistes, au Nigeria et ailleurs, qui souhaitaient raconter des histoires vraies mais se sentaient isolés et menacés. Cette nouvelle vague de journalisme citoyen, dont nous avons été parmi les pionniers, a encouragé les auteurs du monde entier et le mouvement prend aujourd'hui de l'ampleur chaque jour.
Quel impact les procès ont-ils eu sur votre moral ?
Le fait de mener ces combats et de les remporter a décuplé ma motivation à enquêter plus en profondeur sur les malversations qui ont miné le Nigeria, privant ses citoyens des ressources dont ils ont besoin et qu'ils méritent. Ce processus m'a permis de croire encore plus fermement en la valeur de ce travail, que le gouvernement nigérian n'a pas pu anéantir malgré la présence d'un avocat à sa solde qui s'est avéré avoir commis une fraude immobilière contre une Américaine âgée – confirmant une fois de plus la nécessité du journalisme d'investigation !
Quelle importance avez-vous eue pour vous la récente couverture médiatique internationale du Nigéria ?
Si nous avons déjà bénéficié de l'attention des médias internationaux – notamment à propos du terroriste aux sous-vêtements piégés, de la dévastation du delta du Niger et du blanchiment d'argent par des responsables nigérians ayant utilisé les fonds publics pour acquérir des biens immobiliers au Royaume-Uni –, la récente vague d'incidents tragiques impliquant Boko Haram et les jeunes filles enlevées a choqué le monde entier et incité les nations occidentales à reconsidérer cette menace émergente. Nous sommes certes sous les feux des projecteurs – et nous nous en réjouissons –, mais faire entendre notre voix auprès de la communauté internationale reste un combat constant. En fin de compte, ce sont les Nigérians sur le terrain qui se lèveront pour le rétablissement d'une véritable démocratie. La solidarité internationale a donné à beaucoup le courage de le faire.
Quelles conséquences cette histoire a-t-elle eues pour le journalisme citoyen au Nigéria ?
Ce sont les citoyens eux-mêmes qui signalent les problèmes sur le terrain, ce qui a permis de mieux faire connaître nos problèmes. Ce petit bouton dans le coin du site web de la BBC qui vous demande si vous avez une histoire à partager ? C’est du journalisme citoyen. Il fait désormais partie intégrante de l’actualité internationale et continuera de se développer. On ne peut pas revenir en arrière. Nous serons entendus !