Focus sur : l'Ouganda

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Geoffrey Ssebaggala de HRNJ nous en dit plus.

L'Ouganda compte plus de 200 stations de radio autorisées (radios locales et communautaires), plus de quarante chaînes de télévision autorisées et plus de soixante journaux. La principale source d'information pour la population est constituée par les médias audiovisuels, principalement les radios locales et la télévision nationale. Les journaux sont surtout diffusés dans les townships, où les habitants peuvent se les procurer.

Le nombre de médias a considérablement augmenté depuis 1993, date de la libéralisation du secteur. Aujourd'hui, en Ouganda, nombre d'entre eux fonctionnent comme des entreprises et non comme des plateformes d'expression. Les intérêts commerciaux ont tellement compromis l'indépendance des médias ougandais que chaque sujet est abordé sous l'angle du profit. Le gouvernement est un important annonceur et les médias sont majoritairement détenus par des partisans du gouvernement, ainsi que par quelques groupes religieux ; de ce fait, l'objectivité journalistique est rare.

Les relations entre le gouvernement et les médias se sont détériorées, et le gouvernement réprime les médias et les journalistes critiques qui mènent des enquêtes sur la gouvernance et la responsabilité. Plusieurs organes de presse ont été fermés et des journalistes arrêtés et détenus sur la base d'accusations fabriquées de toutes pièces, la plupart ayant été rejetées par les tribunaux. Le gouvernement prétend que la couverture de ces sujets incite le public à la haine et affirme qu'une presse libre et critique serait hostile au gouvernement.

Le gouvernement a créé des cellules de lutte contre la criminalité médiatique au sein du Département politique et criminel, lui-même rattaché au Département des enquêtes criminelles. Par le biais de la Commission ougandaise des communications, il a également accès aux enregistrements de toutes les émissions d'actualité afin de contrôler la qualité de l'information diffusée par les différents médias. Le gouvernement a infiltré ces mêmes médias en y plaçant des journalistes chargés d'espionner leurs collègues dans l'exercice de leurs fonctions.

De nombreuses lois sont utilisées contre les journalistes et, récemment, le régime juridique appliqué aux médias s'est étendu à des lois sans lien avec la liberté d'expression. Parmi ces lois figurent notamment la falsification et l'incitation à la violence. Cependant, les lois sur la liberté de la presse couramment utilisées contre les journalistes comprennent la diffamation, la loi sur l'incitation au sectarisme, ainsi que d'autres dispositions du Code pénal, la loi sur la presse et les journalistes et la loi sur l'interception des communications.

Plusieurs journalistes critiques ont perdu leur emploi sur ordre du gouvernement. D'autres ont été enlevés et détenus au secret, convoqués et interrogés dans des commissariats, inculpés, arrêtés et détenus pour des articles publiés ou diffusés. Des médias ont été fermés arbitrairement et leurs licences révoquées.

Ce contexte défavorable engendre un fort taux de rotation du personnel journalistique en Ouganda. Ce phénomène prive la profession et les Ougandais de l'expertise nécessaire à des médias professionnels, les empêchant ainsi d'être informés par des journalistes compétents. Par ailleurs, l'autocensure des médias empêche les citoyens d'accéder à des informations cruciales sur la gouvernance nationale et les questions de responsabilité, les privant ainsi de la possibilité de prendre des décisions éclairées.

La sensibilisation à ces difficultés s'accroît. HRNJ-Ouganda offre un large éventail de services de soutien aux journalistes, dispense des formations aux journalistes et aux responsables de médias, mène des recherches et des actions de plaidoyer et recense le nombre d'attaques contre les journalistes. De nombreux journalistes ont bénéficié d'une aide juridique et d'indemnisations, le Parlement a débattu des attaques contre les journalistes et a demandé à la police de justifier ses actions avant l'approbation de son budget. L'Ouganda dispose désormais d'une base de données recensant les journalistes agressés chaque année. Cependant, avec déjà 40 attaques contre des journalistes enregistrées pour la seule année 2013, le chemin à parcourir est encore long avant que les journalistes puissent exercer leur métier sans crainte d'agression ou d'intimidation.

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