MLDI et l'Union des journalistes du Burundi espèrent que le procès contre le gouvernement débutera au dernier trimestre 2014.
Un an après l'adoption par le Parlement burundais d'une loi répressive sur la presse qui a vu des journalistes menacés de lourdes amendes et certaines de leurs sources emprisonnées, le syndicat des journalistes du pays et l'Initiative de défense juridique des médias espèrent que leur jour devant les tribunaux pour contester la loi est proche.
La loi sur la presse fait partie d'une série de mesures législatives restrictives visant les journalistes et les ONG, adoptées à l'approche des élections présidentielles et législatives de l'année prochaine. La Cour constitutionnelle du Burundi a depuis jugé que quatre dispositions mineures de cette loi étaient inconstitutionnelles, mais les articles les plus problématiques restent en vigueur.
Alexandre Niyungeko, président fondateur de l'Union des journalistes du Burundi, qui compte 300 membres, déclare : « C'est une loi rétrograde et liberticide. »
Les journalistes enquêtant sur les allégations de distribution d'armes aux membres de la ligue de jeunesse du parti politique au pouvoir au Burundi sont régulièrement convoqués par les procureurs, qui exigent qu'ils révèlent leurs sources et leur remettent leurs brouillons et autres documents.
« Partout dans le pays, des gens sont emprisonnés ou arrêtés pour avoir parlé à des journalistes », déplore Alexandre Niyungeko. « En faisant taire nos sources d’information potentielles, ils nous empêchent de couvrir ces sujets qui permettent de demander des comptes aux personnalités publiques. C’est une atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d’expression. »
Les journalistes s'exposent également à des amendes pouvant atteindre 10 millions de francs (environ 4 000 £) si leurs reportages sur des sujets sensibles sont jugés susceptibles de troubler l'ordre public. Autre grief : l'organisme délivrant les cartes de presse est désormais rattaché à la présidence.
Les journalistes travaillant pour les médias d'État ont subi les plus fortes pressions à l'autocensure. Alexandre témoigne : « Mon employeur a toujours eu des problèmes avec ma position (de président du syndicat). J'ai fait l'objet de mesures disciplinaires, de suspensions, de changements de poste – mais je reste fidèle à ce métier. »
« Parallèlement, il est encourageant de constater que les médias indépendants continuent de couvrir des sujets sensibles, même si nous savons tous que cela pourrait mener à une peine de prison. »
Alexandre ajoute : « En tant que syndicat, nous encourageons sans cesse nos collègues à poursuivre ce combat. Il vaut mieux être poursuivi pour quelque chose que l’on a fait que d’être blâmé pour ne pas avoir fait son travail. »
« Nous avons un travail très important à accomplir – chaque journaliste rend un service public et nous devons rester unis. »
MLDI a rédigé et déposé le recours juridique auprès de la Cour de justice de l'Afrique de l'Est. Nani Jansen, conseillère juridique principale, déclare : « Le Burundi disposait d'une loi sur la presse tout à fait satisfaisante. Or, si l'on examine les réactions des différents acteurs internationaux, tous affirment qu'il s'agit d'un retour en arrière. »
« Nous avons déposé tous les documents nécessaires en juillet dernier. Le Burundi a mis jusqu'en décembre pour répondre, ce qui était beaucoup trop tard au regard des directives de la Cour, et cela a considérablement retardé la procédure. »
« Notre requête aborde de manière exhaustive toutes les lacunes de la loi. Nous espérons que l'affaire débutera au cours du dernier trimestre de cette année. Selon l'issue du procès, chaque partie pourra interjeter appel. »
MLDI collabore avec Donald Deya, avocat kényan de renom, pour représenter le Syndicat des journalistes du Burundi devant la Cour de justice de l'Afrique de l'Est. Le syndicat est également représenté localement par les avocats burundais Armel Niyongere et François Nyamoya.
Alexandre Niyungeko conclut : « Nous avons reçu un soutien considérable de la part de MLDI et l’affaire progresse très bien. L’organisation nous a fourni des avocats hautement qualifiés. J’espère que l’affaire sera bientôt portée devant les tribunaux afin que cette loi soit définitivement abrogée. »